Les Hommes, comme les autres races civilisées, ont toujours
éprouvé peur et aversion envers ceux qui exposaient au grand jour leurs pires
travers et défauts – c’est ainsi que les trois races dites «peaux vertes»
furent, dès leur apparition, marginalisées, expulsées. Pendant des milliers
d’années, elles n’apparurent que rarement, et seulement dans des situations où
elles ne tenaient pas le beau rôle – ou, à tout le moins, qui ne les aidaient
pas à être acceptées.
Les orcs faisaient partie des exclus. Plutôt violents,
laids, pas tout à fait intelligents mais tout de même d’une grande sagesse, ils
passèrent bien du temps dans l’ombre, ne faisant que de brèves apparitions en
groupes restreints; lors du dernier Temps des Troubles, cependant, on vit s’élever
un des membres de cette race parjure, Gorok, aux côtés d’Akasha. En effet, cette
dernière le choisit comme son champion divin, et on vit alors arriver quelque
chose qu’aucun n’aurait pu prévoir : un réprouvé se tailla une place au
sein panthéon. Ce fut le tremplin qui propulsa les orcs sur un plan que l’on ne
les avait jamais autorisé à occuper, c’est-à-dire le plan du quotidien :
on vit peu à peu de plus en plus de membres de cette race venir peupler villes
et campagnes, sortant des grottes et des montages pour venir cohabiter avec
ceux qui n’avaient auparavant jamais voulu entendre parler d’eux.
Il faut comprendre seulement que, au moment de cet
«avènement», de cette montée de la race, il se créa un schisme au sein de
celle-ci : une moitié, plus conservatrice, voulut refuser les changements
obligés par l’attention qu’Akasha leur portait. Ils voulaient rester en tribus,
avec chamans et esprits; les autres, quand à eux, accueillirent la titan-déesse
comme leur nouvelle idole, dont le penchant pour la destruction allait déjà
bien avec leur nature profonde. Une guerre civile se déclara entre les deux
partis : depuis, l’ensemble de la population orque ne s’est jamais
rassemblée. On se doute qu’elle le ferait dans le cas d’une situation
désespérée, mais pas plus
Les premiers à suivre ce mouvement devinrent d’ailleurs ses
grands prêtres, et c’est eux qui occupent encore ces postes. On raconte que
l’on peut encore les rencontrer aujourd’hui, mais à ses risques et
périls : peu sortent vivants d’entrevues avec les représentants terrestres
de la folie de la Titan.
Dans les villes, on trouvera sans difficulté des membres du
clergé d’Akasha grands, costauds, à la parole difficile et à la peau verdâtre;
il faut cependant faire attention de ne pas faire l'erreur de les confondre
avec ceux qui, encore, refusent d’abandonner leurs anciennes attaches :
cela pourrait être votre dernière. Car en effet, si certains sont servant
d'esprits ou d'une déesse, la plupart son encore de féroces guerriers d'une
grande force et d'une habileté surprenante. Prenez-garde à vous, ainsi, si vous
ose en défier un! Leur prédisposition pour les armes semble
couler dans leur sang…
Et marchands, craignez ceux que vous aimeriez peut-être
tromper par leur manque de vivacité d’esprit; ils ont la mémoire longue. Et ne
sont pas tout à fait dépourvus de jugement…